Klaus HUBER (né en 1924)

" L’âge de notre ombre " / Œuvres pour flûte

L'âge de notre ombre (1998)
pour flûte alto, viole d’amour et harpe
“in memoriam Gérard Grisey”
Ein Hauch von Unzeit (1972)
pour flûte basse
Alveare vernat (1965)
pour flûte et onze cordes
Plainte – Lieber spaltet mein Herz (1993)
pour flûte alto
Oiseaux d’argent (1977)
pour trois flûtes

Jean-Luc Menet, flûte(s)
Pierre-Henri Xuereb, viole d’amour – Véronique Ghesquière, harpe
Ensemble Alternance, direction Arturo Tamayo

TRAVERSIERES "Flute Collection" - CD-DDD 210.270 (2002)




" La poésie est un sable si sensible qu’il enregistre l’âge de notre ombre. "
Cette méditation sur la poésie, de Roberto Juarroz, Klaus Huber l’applique
à la musique. Laquelle, " sans transcendance ", est dépourvue de " permanence "…
Jean-Luc Menet, à qui “ L'âge de notre ombre “ est dédiée et qu’il propose
en premier enregistrement, offre un panorama unique en son genre
de l’œuvre pour flûte du grand compositeur suisse.

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CD Klaus Huber vient d'être commenté dans "Le Monde de la Musique" de Juillet/Août 2002, très favorablement, et a reçu la cote de 4 étoiles.
Phrase extraite : "interprétation d'un remarquable raffinement, d'une réelle beauté plastique et d'une intelligence sans faille" (Le Monde de la Musique)
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Commentaire de l'œuvre avec harpe :

L'âge de notre Ombre
in memoriam Gérard Grisey
"la poésie est un sable si sensible qu'il enregistre l'âge de notre ombre"
(in Roberto Juarroz, "Fragments verticaux". Éditions José Corti, Paris,
1994)

Certe pensée de Roberto Juarroz à propos de la poésie me semble valoir davantage encore pour les potentiels de la musique, pour peu qu'ils soient pris au sérieux. Plus on y pénètre profondément, plus il apparaît que la musique ne peut être durable sans transcendance. Elle est et a toujours
été, dans toutes les civilisations un lieu central, existentiel qui remet en cause un matérialisme dogmatique, encroûté. Dans la musique se pose, de manière plus radicale encore que dans d'autres arts, la question de savoir ce qui est "extérieur", c'est à dire matérialisable, et ce qui est "intérieur", c'est à dire ressenti, sans matérialité? Mais dans ses racines les plus profondes elle reste toujours représentation réelle du monde en tant qu'inscrite dans sa temporalité. Dans cette époque
caractérisée par une réification de l'homme et de ses arts, ces pensées me poursuivent constamment, en particulier lorsque je compose... La viole d'amour et la harpe sont accordées de façon à permettre une tonalité particulière en tiers de tons, que la flûte alto réalise au moyen de doigtés particuliers (un sixième de ton plus haut ou plus bas). J'ai développé cette tonalité en tiers de tons principalement à partir du maqam arabe Oawj-Ara. Ce mode très expressif que caractérise l'enharmonique,
déploie dans les variantes en tiers de tons que j'ai développées, des espaces sonores suspendus, vibrant sur eux-mêmes. Une sonorité extrêmement transparente et variable leur est prêtée par les trois instruments parmi lesquels la viole d'amour est particulièrement proche de l'héritage
arabe dans notre culture musicale. L'âge de notre ombre est une commande d'État (Ministère français de la Culture). Elle est dédiée à Jean-Luc Menet. J'ai été profondément touché par le décès soudain de Gérard Grisey. Je dédie à sa mémoire la musique qui résonnait en moi alors qu'il mourrait
Klaus Huber : Brême, novembre 1998
Traduction: Sabine Konz

Klaus Huber

Né à Berne le 30 novembre 1924, Klaus Huber appartient aux compositeurs politiquement engagés de notre temps. Son œuvre, tout entière, pourrait se contracter dans le titre de son célèbre oratorio Erniedrigt – geknechtet – verlassen – verachtet (" Humiliés – asservis – abandonnés – méprisés " ; 1975-1982). Sa musique, très souvent, il la met en rapport, l’aboute à des faits politiques ; mais sans jamais brimbaler les oriflammes d’une quelconque idéologie. Le compositeur récuse les " mythologies privées ", à savoir la musique " pure, antiseptique ", la musique de l’art pour l’art, – sans accointances humaines.
" J’essaie, nous disait-il, de composer une musique de profession de foi ; je me reconnais coupable. Tous, nous avons une responsabilité historique, et pour ce qui de la musique et pour ce qui a trait à la libération spirituelle de l’homme. " La musique doit " ébranler " tout être humain, doit lui " faire endurer un choc " en faisant frémir l’omniprésence de la guerre, de l’exploitation, des pillages, doit ouvrir sa stupeur à l’agonie du temps. Huber a récemment composé l’opéra Schwarzerde — après deux autres œuvres de Musiktheater, l’" opéra dialectique " Jot, oder Wann kommt der Herr zurück (1973) et Im Paradies oder Der Alte vom Berge d’après Alfred Jarry (1975). Schwarzerde narre le parcours d’un être de lumière dans les ténèbres (le poète Ossip Mandelstam), tout béquillé d’images apocalyptiques.

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